
Bola Tinubu, Président de la République Fédérale du Nigéria
Le président nigérian Bola Tinubu est attendu à Londres mardi pour la première visite d’Etat en près de 40 ans d’un représentant de la nation la plus peuplée d’Afrique chez son ancienne puissance coloniale. M. Tinubu s’est déjà rendu plusieurs fois au Royaume-Uni depuis le début de son mandat en 2023, mais jamais au titre d’une visite d’Etat, le niveau protocolaire le plus élevé. Il sera notamment reçu par le roi Charles III pour un banquet d’Etat. Jeudi, il doit rencontrer le Premier ministre Keir Starmer.
Les deux pays sont des partenaires majeurs dans le commerce, l’aide au développement et la défense. Londres abrite une importante diaspora nigériane. Le Nigeria et le Royaume-Uni ont conclu en novembre 2024 un partenariat stratégique pour renforcer leur coopération économique, migratoire et sécuritaire.
Au menu de la visite doivent ausi figurer les questions de sécurité, du commerce et de la gouvernance avant l’élection présidentielle de 2027, selon Samuel Orovwuje, analyste au Centre d’études sur le développement africain (ADSC) à Abuja.
Également attendus à l’ordre du jour: les travaux de rénovation des ports nigérians, financés par le Royaume-Uni, ainsi que le commerce bilatéral, qui a atteint 8,1 milliards de livres sterling (11 milliards de dollars) lors du dernier exercice, en hausse de 11,4 % par rapport à l’année précédente.
Des prêts pour le projet de réhabilitation de 700 millions de dollars des ports d’Apapa et de Tin Can Island, près de Lagos, ont été garantis en partie par l’agence de crédit à l’export britannique UK Export Finance. Le général Christopher Musa, ministère nigérian de la Défense, a récemment indiqué que les deux pays souhaitaient renforcer leur coopération militaire après un massacre de plus de 160 personnes dans l’Etat de Kwara, dans le centre-ouest du Nigeria, attribué à des jihadistes.
Le Nigeria est confronté depuis 2009 à une insurrection jihadiste que les Etats-Unis ont qualifiée de « génocide » contre les chrétiens. Abuja a toujours démenti ces allégations.
La Première dame nigériane Oluremi Tinubu, pasteur pentecôtiste, doit prêcher au Palais de Lambeth et rencontrer des représentants de l’Eglise d’Angleterre. Cette rencontre intervient sur fond de désaccord entre l’Eglise et des conservateurs anglicans autour de la nomination d’une femme comme archevêque de Canterbury.
En réaction à l’accession de Sarah Mullally au poste de leader spirituel des anglicans dans le monde, un groupe conservateur d’anglicans, principalement africains, s’est réuni à Abuja début mars sous l’égide de la Conférence pour le futur anglican mondial (Gafcon), et ont élu Laurent Mbanda, archevêque du Rwanda, comme président. Une rencontre entre M. Tinubu et des représentants de l’opposition britannique ne figure pas au programme officiel.
La dirigeante du Parti conservateur, Kemi Badenoch, d’origine nigériane, a souvent critiqué son pays d’origine qu’il accuse de corruption et d’insécurité.
Cette visite intervient également au moment où un tribunal nigérian a ordonné au gouvernement britannique de verser 420 millions de livres aux familles de mineurs tués en 1949 par les autorités coloniales au Nigeria.
Cette visite sera la première visite d’Etat formelle d’un président nigérian au Royaume-Uni depuis 37 ans, même si M. Tinubu avait été reçu par le roi Charles III en septembre 2024 dans le cadre d’une visite privée.
Le roi Charles III s’est rendu à quatre reprises au Nigeria lorsqu’il était prince de Galles, avant le décès de sa mère, la reine Elizabeth II, en 2022. La semaine dernière, il avait déjà reçu des membres de la diaspora nigériane au Palais Saint James, en amont de la visite présidentielle.
Alors que les musées du monde entier commencent lentement à rendre aux pays africains des objets pillés ou acquis de façon contestable, le British Museum reste réticent à franchir le pas.
