Les Etats-Unis leur avaient promis protection et liberté. Expulsés par Washington vers la
Guinée équatoriale, pays qui leur est inconnu, trois Est-Africains vivent désormais sous
surveillance à Malabo, dans la crainte d’un retour forcé chez eux, où ils disent risquer la
torture voire la mort.
Désormais surveillés par des gardes armés, Khaled, Julia et Benjamin — dont les prénoms
ont été modifiés et qui ne souhaitent pas que leurs nationalités soient révélées par crainte de
représailles —, font partie d’un groupe de 20 personnes envoyées là par les Etats-Unis en
janvier.
Aux côtés du Cameroun, du Ghana, de l’Eswatini, du Rwanda et du Soudan du Sud, la Guinée
équatoriale, Etat autoritaire d’Afrique centrale de deux millions d’habitants, figure parmi les
pays africains ayant accepté d’accueillir des ressortissants de pays tiers expulsés par les Etats-
Unis.
Au total, 29 personnes y ont été transférées depuis fin 2025 en échange du versement par
Washington de 7,5 millions de dollars, selon un rapport du Sénat américain publié en février.
L’an dernier, un juge américain avait pourtant accordé à Khaled, 22 ans, un statut le
protégeant de l’expulsion vers son pays, estimant fondées ses craintes pour sa sécurité en cas
de retour.


« Bienvenue en Amérique », vous pouvez désormais « vivre librement », promettait la lettre
envoyée par la justice américaine à lui et aux autres.
Interrogé comme les deux autres par téléphone depuis Washington, Khaled dit avoir été
arrêté et torturé dans son pays car soupçonné d’appartenir à un groupe d’opposition.
Julia, 27 ans, affirme avoir été battue, emprisonnée et violée par les forces de sécurité de son
pays en raison des liens présumés de sa famille avec des groupes d’opposition. Son sort en
cas de retour chez elle ne fait aucun doute: « Ils vont me tuer », assure-t-elle à l’AFP.
Khaled et Julia, arrivés aux Etats-Unis en octobre et novembre 2024, y avaient tous deux
obtenu un statut de « non-refoulement », moins protecteur que le droit d’asile. Arrivé en
décembre 2024, Benjamin, 28 ans était lui protégé au titre de la Convention de l’ONU contre
la torture, dont les Etats-Unis sont signataires.
Avant d’être expulsés, tous trois sont restés détenus pendant des mois malgré des décisions
favorables de la justice.
Benjamin raconte que lorsque les agents de la police américaine de l’immigration (ICE) sont
venus dans sa cellule pour l’emmener vers un avion, ils ne lui ont pas laissé le temps
d’appeler ses avocats et lui ont d’abord dit qu’il était renvoyé dans son pays d’origine, une
manœuvre destinée « à (le) terroriser ».
Son témoignage fait écho à ceux d’autres personnes expulsées au Ghana et interrogées par
l’AFP l’an dernier, qui affirmaient que des agents de l’ICE les avaient trompés sur leur
destination et avaient frappé ceux refusant d’embarquer. Sollicité par l’AFP, l’ICE n’a pas
répondu dans l’immédiat.
Depuis son retour à la Maison Blanche début 2025, Donald Trump a lancé une vaste
campagne d’expulsions d’étrangers, notamment vers des pays tiers via des accords
prévoyant des contreparties financières.
Washington argue que certains Etats refusent d’accueillir leurs ressortissants expulsés. Mais
ces accords permettent aussi de contourner les protections dont bénéficient certains
étrangers contre un retour dans leur pays, où ils sont menacés.
Selon le rapport du Sénat américain, au moins 25 pays dans le monde ont reçu des étrangers
expulsés des Etats-Unis.


Les 29 personnes expulsées vers la Guinée équatoriale bénéficiaient toutes d’un statut les
protégeant de l’expulsion, assure à l’AFP l’avocate américaine Meredyth Yoon, qui a suivi leur
dossier.
Dix-huit d’entre eux, pour la majorité africains, ont déjà été renvoyés par les autorités équato-
guinéennes dans leur pays d’origine ou vers un autre pays, indique, sous le couvert de
l’anonymat en raison du caractère sensible du dossier, un avocat équato-guinéen qui
s’occupe des onze encore à Malabo.
La Guinée équatoriale, dirigée depuis 1979 par Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, est elle-
même régulièrement critiquée pour des violations des droits humains.
« Nous n’avons pas le droit de quitter l’hôtel », témoigne Khaled.Difficile de les rencontrer,
selon leur avocat, « une autorisation du ministère de la Sécurité est requise » pour leur rendre
visite.
Selon Khaled, les autorités équato-guinéennes leur ont indiqué qu' »il n’est pas possible de
demander l’asile ici ». Ce que confirme le Haut-commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR)
car « il n’existe pas de procédures formelles permettant aux demandeurs d’asile de solliciter le
statut de réfugié » dans ce pays.
Khaled, Julia et Benjamin ont confié à l’AFP subir des pressions pour rentrer dans leur pays
ou se rendre dans un pays accessible sans visa.
« Nous sommes venus en Amérique », souffle Khaled, « mais l’Amérique nous a abandonnés. »

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